De Cliärrwer Kanton 1998-1
Léon Braconnier

Adieu René

« Spiel dein Spiel und wehr dich nicht,
laß es stillgeschehen.
Laß vom Winde, der dich bricht,
dich nach Hause wehen. »

En choisissant ces lignes admirables signées Hermann Hesse pour ton avis mortuaire, René, tu as voulu adresser, semble-t-il, un dernier salut à tes amis. Si c’est à Luxembourg-Ville que tu as dû partir pour le grand voyage, je suis certain que le vent qui t’a brisé le premier jour de l’année 1998 était un vent d’ailleurs. C’était le vent qui avait caressé les collines et les clochers ardennais, c’était le vent qui avait balayé les forêts et les champs et les grands espaces, c’était le vent qui s’était égaré dans les méandres de la Clerve…

Pendant près de 77 ans, le vent a été ton ami fidèle. En te brisant le 1er janvier vers 17 heures, il l’a été également. Il voyait bien que ton corps ne pouvait plus être le partenaire digne des élans de ton esprit. Le vent a libéré ton esprit. Et puis le vent t’a ramené chez toi, à Clervaux.

Il ne m’est pas donné de raconter ta vie, René, je ne t’ai connu qu’en 1981. Mais je sais ce que la Cité de Clervaux et la grande région qui l’entoure ont signifié pour toi. Combien de projets ne portaient-ils pas ta signature? Tu as été un infatigable et ardent défenseur des intérêts du Canton de Clervaux, tu as été un adversaire redoutable pour tous ceux qui ont banalisé tes craintes de voir la pointe septentrionale de notre pays glisser dans le néant social. L’un ou l’autre avancera que les nuages qui naviguent dans les cieux ardennais sont gris, tout au plus, pas noirs. Mais ta longue expérience t’avait enseigné la méfiance, tu savais bien que dans les centres décisionnels, les amis de notre monde ne sont pas légion.

Désormais, il y aura une chaise vide lors des rencontres du comité. Il reste tes écrits. Sur des centaines de pages, tu auras laissé tes impressions, tes mises en garde, tes exhortations, tes conseils. Et si tu veux, nous placerons ta chaise à côté de celle de Tony Bourg, vide également. Encore une fois, le Canton a perdu un penseur. La désertification intellectuelle se poursuit inexorablement. Qui prendra la relève?

Mais il reste aussi tes croquis, tes aquarelles, tes peintures. C’est en prenant le crayon et le pinceau que tu as signé tes plus belles déclarations d’amour. Tes oeuvres rendent toute la magie et le rêve qu’inspirent nos paysages. Et tes oeuvres nous font voir le monde par tes yeux. Et cette vue nouvelle nous apprend toute la beauté qui donne un sens à notre engagement pour le Canton de Clervaux.

Nous n’oublierons jamais le père du Cliärrwer Kanton.